Editions: ITHAQUE
La littérature se tient-elle au-delà du bien et du mal ? La modernité le proclame depuis les procès de Madame Bovary et des Fleurs du mal. Aujourd hui, ce droit à la transgression
est remis en question au nom de nouvelles valeurs : respect des sensibilités, militantisme culturel, assignation de toute fiction à une expérience vécue.
L effet du mouvement #MeToo sur la manière dont on lit les oeuvres est à cet égard exemplaire. En 2017, des agrégatifs
se demandèrent comment lire et enseigner une pastorale du XVIIIe siècle mettant en scène un viol déguisé : ce
fut l affaire Chénier. En 2020, l affaire Matzneff soulevait la question de la valeur littéraire d actes sexuels pénalement répréhensibles. Aux États-Unis, l exigence du trigger warning
enjoint les universitaires de signaler à leurs publics les textes au programme dont le contenu pourrait raviver chez eux
d éventuels traumatismes.
Cet ouvrage explore la complexité des justifications engagées dans ce nouveau régime du jugement esthétique. Loin
de le défendre pour son « progressisme » ou de le condamner pour sa bienséance « politiquement correcte », comme
y encourage la polarisation idéologique des débats, il s agit ici de plaider que la littérature n agit pasà la lettre et que ce
jeu de la lecture nous libère et nous lie.

