Editions: FOLIES D ENCRE
Une île. Rien de plus. Un confetti sur l océan Atlantique. Relié à un vieux pays, à un vieux continent, par un pont. Un simple pont. C est tout. Que pourrait-on bien en faire ? Au mieux la fréquenter. Même assidûment. Peut-être même un livre. Une littérature de circonstance, une littérature du vent qui souffle et qu on suit. L Île de Ré, qu y fait-on ? On s y amuse à vieillir. Elle me faisait songer à ce sonnet de Baudelaire, « Nous aurons des lits pleins d odeurs légères… ». C était un début possible. Mais je dois dire la vérité. Je suis né à La Rochelle, j ai des origines bretonnes et italiennes, j ai vécu 40 ans à Paris et aujourd hui, je suis réfugié sur le Bassin d Arcachon. Je me suis dit qu avec l Île de Ré, je devais nous offrir une seconde chance. Nous nous connaissons depuis longtemps, mais nous n avions qu un peu flirté sans jamais véritablement nous séduire. J avais le coeur ailleurs, elle succombait à toutes les cours. La mode des résidences secondaires nous a éloignés, je voulais voir le monde, elle n offrait qu un passé, qu une mélancolie et mes souvenirs. Cette fois, je m y suis installé comme le ferait n importe quel romancier. Et j y ai vécu comme un habitant, fier de sa terre. Quelques semaines plus tard, mon éditeur m a appelé : « Alors ? » « J ai écrit un livre », ai-je répondu. « Et je suis devenu fou. Fou d Île de Ré ».

