Editions: SABINE-WESPIESER EDITEUR
Ásta Sigurdardóttir (1930-1971) a été une
étoile filante dans le ciel de la littérature islandaise: dès la parution
de son premier texte dans une revue en 1951, le talent de cette jeune femme de
vingt et un ans lui a valu une considérable attention, mais également la
réputation sulfureuse qui ne devait plus la quitter jusqu à sa mort précoce, à
quarante et un ans, d alcoolisme.
Aujourd hui comparée à celles de Lucia
Berlin ou Tove Ditlevsen, son uvre cet unique recueil d une quinzaine de
nouvelles, quelques poèmes et dessins inscrit Ásta Sigurdardóttir parmi les classiques
de la littérature nordique, dont se réclament nombre d autrices en Islande,
tant sa liberté, son audace et sa vitalité ont ouvert dans son pays la voie à
la modernité littéraire.
Ásta, qui a grandi dans une ferme,
arrive à Reykjavik à quatorze ans, y fait des études et obtient un diplôme
d enseignante, parcours inhabituel pour une fille de la campagne de cette
époque. De dimanche soir à lundi matin, sa première nouvelle, fait
scandale parce qu elle raconte l histoire d une femme qui aime le sexe et
l alcool et que la société punit en la rejetant. Les récits suivants, publiés
au fil des années et réunis en 1961 dans le recueil aujourd hui traduit,
s inspirent tous du mode de vie marginal devenu celui d Ásta, dont la vie et
l uvre sont indissociables.
Luttant
contre la pauvreté, souvent à la rue, elle pose nue pour des peintres,
explorant la vie de Bohème et rejoignant un groupe d artistes avec qui elle
partage l ambition de sonder son intériorité par des expériences oniriques. Jeune
femme incandescente, mère de six enfants, Ásta n a jamais renoncé à rien,
inscrivant sa courte existence dans l intensité et la radicalité, jusqu à la
brûler.
S ils
explorent la violence faite aux femmes dans la société islandaise cadenassée
des années cinquante il y est question d abus sexuels, d avortements
clandestins, d alcoolisme, de misère , ses textes sont la plupart du temps
écrits du point de vue de la jeune fille naïve qu a sans doute voulu rester Ásta.
Leur protagoniste trouve chaque fois dans une main tendue, dans la gentillesse
d un ouvrier sur le port, qui lui offrira un café ou une cigarette après une
nuit de dérive, dans la lumière du ciel ou de l océan, une raison de célébrer
la beauté du monde.
C est
précisément cet appétit de vivre, coûte que coûte, d explorer les splendeurs du
monde et de la nature, qui confèrent sa force et son énergie vitale à cette
prose ancrée dans la terre islandaise, mais profondément universelle.

