Editions: ATELIER CONTEMPORAIN ED
« Ce qui l obsède c est ce qui se produit quand un être humain est vu par un autre être humain qui a l obsession de représenter ce qu il voit. »
C est en ces termes que David Sylvester résume l obsession de Giacometti. Or, à la lecture de cette étude, ou de cette succession d études écrite et peu à peu augmentée entre les années 1950 et 1990, on en vient à se demander comment nous pourrions résumer la sienne. En termes semblables, peut-être ? Dans sa préface de traducteur datant de la première parution chez André Dimanche Éditeur en 2001, Jean Frémon en a l intuition : « On pourra y trouver des redites, une manière très particulière de tourner autour de la question, un excès de méticulosité dans l analyse. En réalité, une méthode qui est exactement celle de Giacometti lui-même, sculptant ou dessinant, constamment taraudé par le sentiment de l échec et obsédé par la justesse du regard. »
Fruits d une remarquable faculté d observation qui transparaît à chaque page, ces onze chapitres couronnés par un entretien sont aussi le témoignage d une longue fréquentation et d une écoute amicale de l artiste. Sylvester renonçant par méthode, et peut-être par nature, à toute synthèse brillante, nous n en ressortons pas munis d une lecture toute faite qui nous dédouane d un face-à-face avec l uvre, mais de principes d observation, presque de lois optiques qui nous y reconduisent mieux armé, l il aguerri, débarrassés de l aura et du discours qui la cernent, la mettent à distance, la rendent intimidante à force d être emblématique.
De l enfance à Stampa à l ascèse créative de l atelier de la rue Hippolyte-Maindron en passant par la période surréaliste, écrits, dessins, tableaux et sculptures sont scrutés avec une telle minutie, une telle loyauté que, les abordant seuls à notre tour, il nous semble connaître de l intérieur jusqu à leur raison d être.

